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bonne lecture ...
De la Russie au Kazakhstan, dans le train 007 - par Isa & Ben, samedi 22 aout 2009 à 19h00
Moscou, le 13 aout 2009, a 22h, le train 007 a destination d`Almaty au Kazakhstan entre en gare. Apres un rapide dechiffrage de notre billet de train (et oui, maintenant nous avons l`habitude...), nous entrons dans le wagon 3eme classe, ou "Platskartny", pour 4 jours de voyage un peu plus vers l`Est. La premiere impression : "putain, c`est petit la-dedans !" et "en plus, on a les places a cote des toilettes et du samovar" (bouilloire officielle du monde sovietique, notamment pour la preparation du the). La-dessus arrivent deux babouchkas et toute leur famille qui les accompagne pour installer leurs nombreux et enormes sacs dans un des 9 compartiments 6 places de la voiture, ... le notre ! Les adieux des grand-meres sont larmoyants.
S`en suivent 2 longues heures d`amenagement du "campement", d`autant plus que nous avions eu la bonne idee de faire une machine avant le depart, avec un seche-linge qui n`a pas vraiment assure sa fonction. Bon point, les controleurs, ou "provodni", ont l`air tres sympas et surtout suffisament armes de patience pour supporter nos incomprehensions et dechiffrer nos mimes. Ces provodnis sont d`ailleurs bien plus que de simples controleurs, ils s`occupent du bien-etre des passagers de leur voiture : distribution des draps et serviettes de toilette, collecte des passeports a la douane, installation des matelas, ...
Contre toute attente, notre premiere nuit a bord du 007 s`est tres bien passee, les couches s`averent confortables et surtout, l`atmosphere generale est particulierement chaleureuse. La promiscuite force les gens a echanger histoires, nourriture, jeux, photos de famille ... qu`on soit Russe, Kazakh, Ouzbek ou pire encore, Francais, on se sent de plus en plus chez soi au fur et a mesure que le train avance.
Nos compagnons de route font de nombreux efforts pour communiquer et nous decouvrons peu a peu leurs traits de caracteres. Il y a Zoya, la babouchka "Tatie Danielle", imposante par sa taille et son autorite, qui donne ses instructions a la jeune Kristina pour faire le the, arramger ses couvertures, s`approvisionner en nourriture. Maria, la deuxieme babouchka, un petit bout de tendresse qui nous caresse le dos en signe d`affection et nous invite regulierement a partager sa table. Amangilde, le kazakh rieur, qui s`evertue a nous apprendre les noms des animaux dans sa langue natale : tuye (chameau), hat (cheval), ...Et enfin, Timour l`etudiant, que nous recontrons au bout de 2 jours et qui ... parle anglais ... et FRANCAIS ! Il nous parle de Desireless, Patricia Kaas, Alizee, Pierre Richard, Gerard Depardieu et de la prise de la Bastille. On est scotches.
Lorsqu`on s`arrete dans les differentes gares qui tout d`un coup apparaissent dans la poussiere au milieu de nulle part, des hordes de vendeurs accourent pour fournir les voyageurs affames et assoiffes : pasteques, melons, tomates, concombres, poisson seche, manty (raviolis a la viande), chachliks (brochettes), ragouts, soupes, et pour les vrais de vrais, demies tetes de veau bouillies ! Les babouchkas dans notre compartiment negocient leurs chaussettes, bonnets et genouilleres en laine de chameau, ou encore changent leurs roubles pour des tengues kazakhs.
Par la fenetre, les steppes arides semblent ne plus finir et dessinent un horizon plat aux reflets d`or. Quelques villes perdues par ci, par la, maisons en terre, mottes de foin, chevres, carcasses de vieux camions sovietiques ... Nous croisons les trains citernes charges de petrole et gaz pour l`Occident. Etonnament, le changement des visages est brusque lors de l`arrivee au Kazakhstan. Peaux foncees, yeux brides, les kazakhs sont definitivement des descendants du grand guerrier Monghol Genghis Khan, et n`ont rien de russe.
Les passages de douanes egalement sont brusques ... Nous ne sommes pas du tout habitues a cela en tant qu`europeens : les officiers, policiers ou militaires entrent par dizaine dans la voiture, accompagnes parfois de chiens et ne sont pas vraiment la pour le folklore, meme si au final l`ensemble est assez grotesque. Nous manquons legerement de vocabulaire lorsqu`ils nous demandent d`expliquer pourquoi nous n`avons que des visas russes ET kazakhs a simple entree alors que le decoupage des frontieres a la chute de l`URSS a contraint le chemin de fer a suivre un zig-zag improbable Russie>Kazakhstan>Russie>Kazakhstan.
Enfin, avec l`aide des provodnis et de nos compagnons, tout est bien qui finit bien et nous arrivons le 16 aout a Chymkent en fin d`apres-midi. Pourquoi Chymkent ? Parce que c`est plus pres de l`Ouzbekistan.
"Pas de planning, pas de planning".
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Lost in India - par Ben, mercredi 13 mai 2009 à 20h00
Commençons par nos premiers pas en Asie, à Chennai – ou Madras de son ancien nom – capitale de l’état du Tamil Nadu, au sud de l’Inde. C’était un 25 mars 2007, à l’aéroport Anna, une chaleur moite et étouffante faisait ruisseler nos petits fronts d’européens alors que nous entrions tranquillement dans la file d’attente « foreigners only » de la douane.
Nous avions obtenu un mois de congé, et pour ne pas « perdre de temps » – comme on dit – nous avions choisi l’avion pour atteindre ce pays qui hantait nos rêves d’exotisme. Ca a fait son effet, on a bien explosé notre score CO2 annuel, et à l’arrivée, on s’est pris la grosse baffe bien méritée.
Premier négoce avec un rickshaw, et c’est parti pour un Space Mountain à la sauce curry ! Rues bondées… couleurs flashy… mélange d’odeurs d’échappements, de poubelles et d’épices… chaleur torride… klaxons… encore klaxons… les vaches se font doubler par des 4x4… les chiens enragés se bouffent le museau… les têtes dodelinent, les sourires éblouissent, les mains mendient, les regards se scotchent sur nous… le petit Ganesh en plastique qui se balance dans le cockpit se marre en voyant nos tronches… un euro = 50 roupies…
mademoiselle monsieur, WELCOME TO INDIA !
Comme d’habitude, Isa a tout planifié au poil, le gros du trajet est déjà bien tracé. Reste à trouver où dormir et à éviter au max les arnaques des corbeaux mangeurs de routards à la crème sac-à-dos, un sport d’extrême précision dans ce pays plein de ressources.

Notre transport favori est le bus public : économique, lent, très lent (record : 160km = 7h), lieu de contact facile avec les indiens, observatoire privilégié du système incroyable des castes, et meilleur endroit pour faire de la musculation (9 kilos le sac-à-dos) ou se mater un bon film d’amour et baston version tamoule (les télés et lecteurs DVD y sont montés sur ressorts, alors que nos sièges ne le sont pas, ce qui donne une impression de mouvement genre Futuroscope sans la 3D).
Nous descendons d’abord la côte Est : plages de sable blanc et cocotiers, rizières, anciens comptoirs coloniaux et temples dravidiens gigantesques sont au menu tous les jours. Notre appétit d’exotisme est comblé en moins d’une semaine, nous sommes ravis. Du haut des 571 marches du temple de Tirukalikundram, devant un coucher de soleil magique sur la ville et les rizières, nous sentons tous les deux que c’est le début d’une longue histoire d’amour avec l’Asie... que c'est beau.
Le coup de foudre fatal s’abat à Rameswaram, là-bas, sur un banc de sable au bout du bout, au milieu des dunes et des eaux turquoise de Daneshkodi, aux portes du Sri Lanka. Le temps semble s’être arrêté dans cette petite ville de pèlerinage, la Bénarès du sud dirait le guide du Routard, où chaque indien vient au moins une fois dans sa vie se purifier avec les eaux des 23 puits du plus beau temple du Tamil Nadu (à nos yeux).
Recette du philtre local :
10h de bus tape-cul par delà les Ghâts Occidentaux nous amènent sur une côte Ouest beaucoup plus touristique, dans l’état du Kerala, que nous remontons de Varkala à Kochi. Un peu de détente au paradis des beatniks, grandes plages et cocotiers et nous filons vers les fameux backwaters, cette lagune géante en bord de mer d’Oman qui abrite 1500km de canaux, de rizières, palmiers et surtout de peuples « aquatiques ».
Ces backwaters sont aussi le théâtre d’un désastre écologique conséquent car ils sont contaminés par le virus du « houseboat ». Il s’agit de barges à riz customisées et dédiées au tourisme fluvial, sur lesquels on peut, pour environ 50€, passer la nuit et dîner tout en parcourant les canaux en mode pacha. Un business ultra-lucratif, en 2007, plus de 500 bateaux ont été construits, la plupart à moteur, et sillonnent inlassablement les eaux qui font vivre des milliers de locaux et un écosystème d’une richesse incommensurable. Nous nous en sommes rendus compte trop tard car nous avons, en suivant pour une fois un conseil malheureux du Lonely Planet, participé activement à ce désastre en effectuant une croisière de 2 jours de Alappuzha à Kochi. Nous l’avons fortement regretté, le capitaine du bateau a refusé d’utiliser la perche au bout de 2km, le moteur a ronronné, et plus nous prenions de la vitesse, plus la distance avec les populations locales grandissait, et plus nous avions honte… à éviter de préférence, une ballade en barque suffit !
Nous revoilà partis à la conquête des montagnes, à l’intérieur des terres, toujours vers le Nord. Objectif Munnar et ses plantations de thé et de cardamone à perte de vue. C’est une énorme bouffée de fraîcheur, de verdure et de silence qui nous accueille au milieu de ces pics à 2000m. Nous rencontrons les premières gouttes de la mousson l
ors d’un trek dans les Tata Tea Plantations (oui, les mêmes que Tata Motors et Tata Communications), mais il y a toujours quelqu’un pour nous inviter à boire au chaud un petit thé vert au lait avec du chocolat lesté aux cailloux. L’escapade dans les Ghâts Occidentaux s’arrêtera à Ooty. C’est une petite station d’altitude où les indiens de la plaine viennent se ressourcer, vêtus de bonnets, d’anoraks et de gants alors qu’il fait juste 20°C ! On se la joue pépère le soir au coin du feu dans la YWCA locale, on flâne dans les marchés, et on arpente la journée l’envoutante jungle d’eucalyptus, abritant de superbes spécimens de singes, les langurs, ainsi que les villages Toda et leurs plantations de … carottes.
Halte à Mysore pour admirer les ampoules qui enveloppent les parois du palais ubuesque du Maharadja. Notre unique palais du voyage, nous verrons mieux en Inde du Nord, c’est sûr ! La boucle se ferme sur Bangalore où nous découvrons la station de bus la plus psychédélique du sud de l’Inde. On y perd facilement 5 kilos en deux heures, simplement en courant de bus en bus pour demander la destination car il n’y a pas l’ombre d’un panneau ou planning de départ alors qu’elle brasse tous les jours des milliers de passagers !
Avant de ressauter dans l’avion, nous errons dans les allées d’un centre commercial à Chennai, et nous découvrons une Inde que nous n’avons pas vue pendant un mois : des couples de jeunes se baladent main dans la main, les jeans ont remplacés les saris, les moustaches ont disparues, McDo a pris le dessus sur le chicken tikka, tout le monde a des chaussures … prémices d’un retour au bercail vite fait bien fait.
Voilà un petit échantillon de notre premier vagabondage asiatique, qui nous aura fait passer par tous les états, du dégoût à l’émerveillement, du zen à l’hystérie, et du « qu’est-ce qu’il y a là-bas ? » à « putain, c’est quand qu’on revient ! ».